Pierre Clostermann

Pierre Clostermann, aviateur français qui s’est distingué au cours de la Seconde Guerre mon­diale, rendait hommage au pilote de chasse de la Luftwaffe Walter Nowotny dans son ouvrage « Le Grand Cirque » :

8 novembre 1944

Walter Nowotny a été tué. Notre adversaire des cieux de Normandie et d’Allemagne est décédé avant-hier des suites de ses brûlures à l’hôpital d’Osnabruck. Notre revanche, aujourd’hui, c’est de saluer un ennemi brave qui vient de mourir, de proclamer que Nowotny nous appartient, qu’il fait partie de notre sphère où nous n’admettons ni les idéologies, ni les haines ni les frontières. Cette camaraderie-là n’a rien à voir avec le patriotisme, la démocratie, le nazisme ou l’humanité. Tous ces garçons, ce soir, le comprennent d’instinct.

Au mess, ce soir, son nom revient souvent dans la conversation. Nous en parlons sans rancune et sans haine. Chacun évoque les souvenirs qui se rattachent à lui, avec respect, avec affection presque. C’est la première fois que j’entends une conversation sur ce ton dans la R. A. F., et c’est aussi la première fois que je sens s’exprimer ouvertement cette curieuse solidarité entre les chasseurs, au-dessus de toutes les tragédies et de tous les préjugés.

Nous nous attardons, Bruce Cole, Clark, Brooker et moi, à regarder, dans une revue d’aviation « Der Adler » que nous avons trouvée à Gorch, un article illustré sur Nowotny. Voici son portrait, pris le jour même où il reçut la Croix de Fer avec épées, diamants et feuilles de chêne — la plus haute distinction militaire allemande. Un visage d’enfant fatigué, un peu triste, le menton et la bouche volontaires. « Quel dommage », dit soudain Brooker, « que ce type n’ait pas porté notre uniforme. Il aurait fait un bon copain ! »

Pierre Clostermann soulève encore un autre point:

Les services d’Intelligence alliés attribuaient à Walter Nowotny une soixantaine de victoires confirmées sur notre front, et une centaine sur le front russe. Il avait su se faire respecter de tous. Lors de la fusillade de quarante-sept pilotes alliés qui avaient tenté de s’évader de captivité, il avait adressé à Hitler lui-même une violente protestation dont les échos étaient parvenus jusqu’à nous.